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Channel: inégalités – L'éducation déchiffrée
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Rentrée 2013 : Les interrogations que soulèvent les nouvelles mesures

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Ça y est, près de 12 millions d’écoliers et plus de 800 000 enseignants ont fait leur rentrée scolaire cette semaine. Aucun doute possible, cette rentrée sera scrutée d’un œil particulièrement attentif par l’ensemble des acteurs de l’éducation qui n’hésiteront pas à donner rapidement leur avis sur le bien-fondé des nouvelles mesures. Une semaine scolaire qui passe à 4 jours et demi dans environ 25 % des écoles élémentaires de France, un plus grand nombre d’enseignants dans le primaire, une formation des enseignants de nouveau dispensée dans des instituts spécialisés et plus axée sur la professionnalisation du métier et enfin, une réflexion qui va s’ouvrir sur le statut des enseignants et le contenu des programmes. Autant d’éléments qui démontrent que les choses évoluent, et plutôt dans le bon sens si l’on en croit les conclusions des études internationales. Pourtant, ces mesures suscitent également leur lot d’interrogations sur lesquelles j’aimerais revenir dans cet article, car elles ne constituent au fond qu’un premier pas dans la réforme profonde dont a besoin le système français pour être plus performant et surtout plus équitable, à l’image de certains de ses voisins.

Les rythmes scolaires

La semaine de 4 jours et demi est une bonne chose…

Commençons par les rythmes scolaires. J’ai déjà eu l’occasion de le dire dans un article entièrement consacré à ce sujet (voir http://educationdechiffree.blog.lemonde.fr/2012/10/16/lannee-scolaire-dans-le-primaire-est-elle-trop-chargee-en-france/), la France a des rythmes atypiques par rapport aux pays de l’OCDE. Avant la réforme, l’année scolaire s’étalait sur 36 semaines dans le primaire, contre 38 semaines en moyenne dans les pays de l’OCDE, et la semaine était de 4 jours, contre 5 jours dans la plupart des pays de l’OCDE. À titre indicatif, le nombre annuel d’heures de cours des écoliers aux Pays-Bas et au Royaume-Uni est plus élevé qu’en France, mais ces heures sont réparties respectivement sur 40 et 38 semaines et sur 5 jours d’école par semaine.

La journée scolaire en France était devenue trop dense (plus de 6 heures par jour) et ce fonctionnement nuisait fortement à la concentration des élèves, non seulement dans l’acquisition des fondamentaux, mais aussi dans l’attribution de plages horaires bien placées dans la journée pour l’éveil à d’autres matières ou le soutien personnalisé.

… mais sa mise en œuvre demande des clarifications sur le temps alloué à la personnalisation de l’enseignement et aux activités pédagogiques complémentaires (APC)

Alors certes, ces nouveaux rythmes (4 jours d’école d’une durée maximum de 5 heures 30 et une demi-journée d’une durée maximum de 3 heures 30, ainsi qu’une pause méridienne d’une durée minimum de 1 heure 30) peuvent aider le système à être plus performant et équitable, mais pour y parvenir, il convient d’aller plus loin. Aujourd’hui, la réforme met l’accent sur les créations de postes associées aux nouveaux rythmes qui aideront sans aucun doute à réduire la taille des classes dans certains établissements (mais pas dans tous) sans répondre à certaines interrogations d’ordre plus qualitatif. Les enseignants déjà en exercice et les nouveaux ont-ils reçu la formation adéquate pour utiliser d’autres méthodes pédagogiques comme le suggère la loi sur la refondation ? Quelle sera la part faite à l’enseignement personnalisé dans les 24 heures obligatoires ? Va-t-elle augmenter comme ce fut le cas dans de nombreux pays avant la France (en Allemagne, au Portugal et au Royaume-Uni, par exemple) pour devenir une véritable alternative au redoublement ? Ou se contentera-t-on, au final, d’appliquer sur 4 jours et demi les mêmes méthodes que celles précédemment en usage sur 4 jours ?

Enfin, le nouveau statut des enseignants du primaire prévoit qu’ils consacrent, en plus des 24 heures hebdomadaires de présence obligatoire devant les élèves, environ 1 heure par semaine à des activités pédagogiques complémentaires pouvant revêtir différentes formes (« une aide aux élèves ren­con­trant des dif­fi­cul­tés dans leur appren­tis­sage », « une aide au tra­vail per­son­nel » ou « la mise en œuvre d’une acti­vité pré­vue par le pro­jet d’école »). Sachant que les nouveaux rythmes scolaires stipulent que les APC seront dispensées environ 45 minutes par jour les lundis, mardis, jeudis et vendredis, on est en droit de se demander qui assurera les autres heures et quel sera le rôle des enseignants référents dans le suivi.  

Vous l’aurez compris, le comité de pilotage sur les rythmes scolaires jouera un rôle essentiel dans le recensement des bonnes pratiques observées dans les 25 % d’écoles tests qui appliqueront les nouveaux rythmes dès 2013. Ces recommandations devront être mises à profit par les 75 % d’écoles qui ne passeront à la semaine de 4 jours et demi qu’à la rentrée 2014.

La formation des enseignants

Le passage au modèle simultané était nécessaire…

Deuxième grand volet de cette rentrée, la formation des enseignants va évoluer et les étudiants qui se destinent à cette profession seront accueillis, dès la rentrée prochaine, au sein des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE). En théorie, la « résurrection » des IUFM est vraiment une bonne chose, réaffirmant, à juste titre, l’idée que le métier d’enseignant demande une formation spécifique.

Par la même occasion, la France va en finir avec son modèle dit « consécutif » (où la formation professionnelle n’intervient qu’après la formation théorique) pour en revenir à ce qui se fait quasiment partout, à savoir une formation qui conjugue simultanément apprentissage des savoirs et du savoir-faire. La formation qui sera dispensée au sein des ESPE est d’ailleurs à première vue des plus alléchantes. Ainsi, les étudiants « recevront une formation articulant des enseignements théoriques et pratiques, des stages d’observation ou de pratique accompagnée et de véritables périodes d’alternance, et pourront ainsi entrer de manière progressive dans le métier. Ils apprendront aussi à développer des méthodes pédagogiques innovantes grâce à un lien permanent avec la recherche et à une ouverture à l’international. »

Vaste programme me direz-vous ! Cependant, ce type de formation existe déjà dans les pays qui parviennent en général à conjuguer qualité de l’enseignement et équité sociale dans leur système ; nous ne pouvons donc que nous réjouir d’aller dans cette direction. Au sein de l’OCDE, les exemples les plus connus sont la Finlande, qui a réformé son système dans les années 70, ou encore, plus récemment, l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui ont mis l’accent sur l’apprentissage des compétences pédagogiques dans le cadre de la formation de leurs enseignants.

Là encore, comme pour les rythmes scolaires, cette évolution positive de la formation des enseignants suscite des interrogations qui appellent un certain nombre de clarifications de la part des décideurs afin d’être plus à même d’évaluer le potentiel de cette réforme.

… mais les formateurs sont-ils préparés à ce changement ?…

Premier thème important : la formation des formateurs. Il est stipulé dans la plaquette que « les ESPE seront animées à la fois par des personnels spécialisés dans la formation, des universitaires et des personnels de l’éducation nationale, et que leurs équipes pédagogiques accueilleront un grand nombre de professionnels de terrain ». Mais les formateurs devront-ils suivre une mise à niveau pour les préparer à enseigner les nouvelles compétences du programme, telles que l’utilisation plus intensive des nouvelles technologies ou encore l’acquisition de méthodes pédagogiques innovantes pour personnaliser l’enseignement ? Sont-ils prêts à mettre en œuvre et transmettre leur expérience alors que ces mêmes outils et méthodes sont peu utilisés dans le système actuel pour faire face à l’échec scolaire ?

… et quid de la formation continue et de la première affectation des jeunes enseignants ?

Deuxième point à clarifier : l’examen final (notamment les épreuves d’admissibilité) va-t-il évoluer pour donner une place plus importante aux compétences des candidats en pédagogie ? Ou du moins faire en sorte que la première sélection soit axée sur les compétences académiques et pédagogiques. À titre d’exemple, en Finlande, la sélection inclut déjà des épreuves où les étudiants sont testés et évalués en interaction avec des classes d’élèves, et au Royaume-Uni, lors la dernière grande campagne de recrutement de 2000, chaque candidat a été interrogé sur sa motivation à choisir ce métier.

Troisième volet et c’est peut-être le principal sujet d’inquiétude : qu’en est-il de la formation continue ? Elle semble absente du projet, ou du moins reléguée au second plan. Pourtant, la formation professionnelle continue a autant d’importance, si ce n’est plus parfois, que la formation initiale dans le succès d’un système d’éducation. Les nouveaux enseignants bénéficieront d’une meilleure formation initiale, et c’est une bonne chose, mais ils n’entreront que progressivement dans le système, alors que les enseignants déjà en place représenteront encore la majorité du corps enseignant pour de nombreuses années. À titre indicatif, en Finlande, chaque année, 3 jours sont totalement dédiés à la formation professionnelle continue ; à Singapour, chaque enseignant est évalué annuellement sur ses forces et faiblesses, et bénéficie de 100 heures de formation professionnelle par an pour lui permettre de s’améliorer. Si l’on veut que la réforme soit un succès, la formation continue ne pourra pas être négligée.

Dernier point : comment se passeront la première affectation et l’accompagnement des jeunes enseignants ? Il est primordial d’ouvrir une réflexion sur ces deux questions. En Allemagne, par exemple, les jeunes enseignants bénéficient désormais d’un accompagnement lorsqu’ils terminent leur formation et commencent à enseigner. Ils sont étroitement supervisés pendant un ou deux ans, en fonction des Länder où ils exercent. Au cours de cette période, l’enseignant débutant bénéficie généralement d’une charge de travail réduite et d’un suivi régulier par des enseignants expérimentés, et poursuit son enseignement formel. Qu’en sera-t-il en France ? Les jeunes enseignants continueront-ils à être affectés dans les établissements les plus difficiles sans vraiment bénéficier du soutien dont ils auraient besoin ? Ou bien le système ira-t-il vers un meilleur équilibre en créant des incitations (financières ou professionnelles) pour que davantage d’enseignants expérimentés aillent aussi travailler dans ces établissements difficiles, comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays ?

 La refondation de l’école n’en est qu’à ses débuts et le chemin vers la réussite est encore long et semé d’embûches, même si les premiers bénéfices d’une grande réforme peuvent se faire sentir assez rapidement, comme l’OCDE a déjà pu l’observer en Allemagne, au Portugal ou encore en Pologne. Il me semble néanmoins qu’il faut, dans un contexte économique morose, rester positif et se dire qu’il y a un frémissement qu’il convient d’encourager, même s’il est indéniable que certains points restent à améliorer ou du moins à clarifier (comme cet article l’indique) pour que la réforme n’en soit que plus efficace et que la confiance puisse s’instaurer entre tous les acteurs de l’éducation. En attendant, je vous souhaite à tous une bonne rentrée et vous retrouverai dans quelques semaines pour parler de l’université française.


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