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Channel: inégalités – L'éducation déchiffrée
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1 an de blog et finalement peu de changements

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Déjà plus d’un an que ce blog existe. C’est donc le bon moment pour faire un bilan, insister de nouveau sur les forces et faiblesses de l’école française et surtout essayer de définir les enjeux des mois prochains en France. De plus, PISA 2012 sortira le 3 décembre 2013 et, à n’en pas douter, apportera bon nombre de nouveaux éléments de réflexion pour ce blog. Mais revenons aux caractéristiques du système français (tous les éléments exposés dans cet article sont extraits des 19 articles déjà publiés depuis 1 an sur « l’éducation déchiffrée»):

Le système français a beaucoup progressé depuis 30 ans …

La France a rattrapé le retard qu’elle pouvait déplorer ces dernières décennies en matière de niveau d’éducation de sa population. En 2011, 43% de la population française âgée de 25 à 34 ans détenait au moins un diplôme de l’enseignement supérieur contre seulement 19% pour les 55-64 ans. Cette progression se traduit également en termes de compétences et les mauvaises performances de la France observées dans l’étude PIAAC (qui évalue les compétences des adultes de 16 à 65 ans) sont en bonne partie imputables aux résultats des 45-65 ans, tandis que les 16-44 ans obtiennent des scores plus proches de la moyenne des pays de l’OCDE.

…mais a vu l’échec scolaire augmenter et les inégalités sociales s’aggraver ces 10 dernières années …

Le système d’éducation français obtient, dans l’enquête PISA, des performances équivalentes à la moyenne des pays de l’OCDE, mais il est devenu de plus en plus dichotomique : d’un côté, il est soutenu par ses bons éléments qui représentent environ un tiers des élèves âgés de 15 ans (contre 28 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE), mais de l’autre, il se dégrade par le bas et conduit chaque année 150 000 jeunes à quitter l’école sans diplôme, et donc à se retrouver en situation d’extrême précarité sur le marché du travail. Le poids des inégalités sociales n’a jamais été aussi fort pour expliquer les performances des élèves de 15 ans et le taux d’échec scolaire est passé, en 10 ans, de 15 % à 20 %. En 2009, la France est, après la Nouvelle-Zélande, le pays où la corrélation entre le milieu socio-économique des parents et les résultats des élèves de 15 ans est la plus forte.

… et l’étude PIAAC a confirmé cette tendance.

L’étudie PIAAC a confirmé combien la société française était inégalitaire. On retrouve les mêmes inégalités que dans PISA quand il s’agit d’analyser les compétences des adultes. Entre les jeunes et les seniors, entre les immigrés et les autochtones, enfin, entre ceux qui ont des diplômes et ceux qui n’en ont pas, les inégalités existent partout. Sur toutes ces variables, les écarts sont plus marqués en France par rapport à la moyenne de l’OCDE et expliquent aussi pourquoi la France ne progresse pas depuis dix ans dans les classements internationaux.

Ce qui a changé en 1 an : de nouveaux rythmes ont été instaurés dans 25% des écoles primaires et la formation des enseignants a évolué pour être plus orientée sur l’apprentissage de la pédagogie

Depuis le début de ce blog en octobre 2012, près d'un quart des élèves des écoles primaires publiques sont passés à la semaine de quatre jours et demi en septembre 2013. Il convient de rappeler que la France était le seul pays de l’OCDE où les élèves du primaire avaient seulement 4 jours d’école par semaine avant la réforme et que toutes les études réalisées sur les biorythmes s’accordaient à dire que la semaine de 4 jours était inadaptée au bien-être des élèves . Il est d’ailleurs bien dommage que le débat actuel se focalise sur les activités périscolaires sans donner plus d’importance au possible bénéfice de cette demi-journée supplémentaire (placée le matin) pour améliorer les conditions d’apprentissage des fondamentaux et pour surtout donner plus de temps aux élèves en difficulté pour rattraper leur retard.

Deuxième grand volet de cette rentrée, la formation des enseignants a évolué et les étudiants qui se destinent à cette profession sont accueillis au sein des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE). Par la même occasion, la France en finit avec son modèle dit « consécutif » (où la formation professionnelle n’intervient qu’après la formation théorique) pour en revenir à ce qui se fait quasiment partout, à savoir une formation qui conjugue simultanément apprentissage des savoirs et du savoir-faire.

Ces deux réformes peuvent être bénéfiques au système français mais il ne faut pas oublier que la mise en place des nouveaux rythmes scolaires est juste un ingrédient susceptible de contribuer au succès de la réforme, mais qui ne portera ses fruits que si les enseignants sont formés et préparés à utiliser cette nouvelle répartition du temps scolaire pour introduire davantage d’individualisation (ou de travail en petits groupes) dans leur enseignement et faire ainsi face à l’échec scolaire grandissant.

Ce qui doit encore changer rapidement.

Il est dommageable que certains éléments importants à la réussite de la réforme soient totalement absents du débat public aujourd’hui. Des articles publiés précédemment sur ce blog mais aussi le rapport de l’OCDE pour redresser la compétitivité en France (http://www.youscribe.com/catalogue/tous/ressources-professionnelles/analyses-et-etudes-sectorielles/ocde-serie-politiques-meilleures-france-redresser-la-2338423) mettent en évidence l’importance de 4 mesures pour corriger les faiblesses inhérentes au système français

1.      Développer la formation professionnelle pour tous les enseignants

Les pays performants dans les évaluations internationales, tout comme les pays qui ont reformé en profondeur leur système d’éducation ces dernières années, ont tous mis la formation des enseignants (initiale mais aussi continue) au cœur de leurs préoccupations. À chaque fois, la formation professionnelle continue des enseignants a eu autant d’importance, si ce n’est plus parfois, que la formation initiale dans le succès des réformes. Elle semble étrangement  absente du projet de refondation en France, ou du moins reléguée au second plan. Les nouveaux enseignants bénéficieront d’une meilleure formation initiale, et c’est une bonne chose, mais ils n’entreront que progressivement dans le système, alors que les enseignants déjà en place représenteront encore la majorité du corps enseignant pour de nombreuses années.

2.     Créer des incitations pour amener des enseignants expérimentés à travailler dans les établissements défavorisés

La qualité de l’enseignement a un impact majeur sur les performances des élèves ; or, les établissements défavorisés ne sont pas les mieux lotis en France et ne disposent souvent pas des enseignants les plus expérimentés. Il convient donc d’améliorer la qualité du corps enseignant dans ces établissements : en dispensant une formation spécialisée permettant de doter les enseignants des compétences et connaissances nécessaires pour exercer avec des élèves défavorisés et/ou en difficulté ; en soutenant les équipes de direction et les enseignants à travers la formation continue et les programmes de tutorat ; en leur offrant des conditions de travail à même d’améliorer leur efficacité et de les fidéliser ; et en leur offrant des incitations financières et des perspectives de carrière intéressantes pour les attirer et les convaincre d’y rester.

3.      Limiter le redoublement en allant vers une plus grande individualisation de l'enseignement

En France, à l'âge de 15 ans, 38 % des élèves ont redoublé au moins une fois, contre une moyenne de 13 % dans les pays de l'OCDE. Le redoublement est une pratique non seulement coûteuse – à peu près 2 milliards par an dans l’enseignement obligatoire (ou environ 4% des dépenses annuelles totales à ces niveaux d’éducation) - mais également inefficace pour remédier aux problèmes d’apprentissage à long terme : l'élève qui décroche perd plusieurs mois de son année et reproduit souvent les mêmes erreurs l'année suivante. Il est donc important d'avoir une réflexion sur les mesures qui constituent une alternative au redoublement, notamment en comblant les lacunes à mesure qu’elles sont identifiées durant l’année scolaire par le soutien scolaire, l'aide aux élèves en difficulté, en adaptant les méthodes pédagogiques et les programmes au travail par petits groupes d’élèves, et en sensibilisant les parties prenantes – écoles, parents d’élèves, enseignants, etc., aux implications négatives de cette pratique.

4. Valoriser la formation professionnelle et créer des programmes dits de « seconde chance »

Dans de nombreux pays de l’OCDE, dont la France, la formation professionnelle est étrangement négligée et marginalisée dans les débats publics, souvent éclipsée par l’importance accordée à la formation initiale générale. Les filières professionnelles sont, en effet, souvent mal considérées par les élèves et les étudiants comme par la société en général. Les pays dits d’apprentissage (Allemagne, Autriche, Danemark, Pays-Bas et Suisse) ont le mieux réussi à assurer, avec l’aide des partenaires sociaux, une formation de qualité à tous en agissant bien en amont. Ainsi, l’Allemagne organise des formations de préapprentissage pour les jeunes qui ont de faibles aptitudes scolaires et les accompagnent afin qu’ils n’échouent pas dans l’obtention d’une qualification.

De même, en France, échec scolaire rime souvent avec échec tout court car ceux qui sortent du système d’éducation sans qualification ont peu de possibilités de réintégrer une formation professionnelle et de finir leurs études plus tard. Dans certains pays, il est a contrario courant d’obtenir son diplôme de fin d’études secondaires après l’âge de 25 ans. Ainsi, 10 % environ des diplômés du secondaire l’ont été à 25 ans ou plus au Danemark, en Finlande et en Norvège ; ce pourcentage s’établit à 20 % en Islande et à plus de 40 % au Portugal.

La réussite de la réforme en France  ne peut passer que par un soutien unanime de tous les acteurs de l’éducation.

Finalement, je reviens à mon tout premier article de blog pour conclure cet article « anniversaire ». Réformer le système français est une nécessité car il est aujourd’hui trop inégalitaire et que ceux qui en sortent sans qualification se retrouvent en grande difficulté sur le marché du travail. Des progrès sont possibles mais la réussite d’une réforme ne peut passer que par un soutien unanime de tous les acteurs de l’éducation. D’ailleurs, des pays comme l’Allemagne, la Pologne et le Portugal ont rattrapé leur retard sur la France entre 2000 et 2009 en axant justement leurs réformes sur la réussite des élèves en échec scolaire ou issus des milieux défavorisés et en concentrant tous leurs efforts sur cet objectif bien défini. C’est à cette condition, et seulement à cette condition, que la réforme aura enfin le droit de se mettre en place en France.

 

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